La rude Calabre.

Du 6 au 13 juin 2015. Tout au sud de l'Italie,passage du détroit de Messine, escale à Reggio Calabria et traversée vers la Grèce.
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Soirée à Scilla, aux portes du détroit de Messine où nous nous préparons au passage délicat du lendemain, en compagnie d'un équipage de 3 corses qui fait la même route que nous.
Dans la baie croisent plusieurs bateaux de pêche à l'espadon. 2 à 3 personnes perchées sur un mat de 20m guettent le poisson pour que celui posté à l'extrémité d'un bout dehors de 15m à l'avant du bateau le harponne. Une vraie pêche à la loyale bien loin de celle aux filets dérivants qui raflent tout sur leur passage mais qui  continue en Italie malgré les essais d'applications des réglementations.

Le passage du détroit entre la côte est de la Sicile et le sud-ouest du continent reste toujours redouté par les petites embarcations. Les courants et les marées du croisement des mers tyrrhénienne et ionienne sont puissants et les vents concentrés.

Le calcul de marée du détroit de Gibraltar pourrait faciliter la traversée sur un courant portant en fin de matinée mais, voilà que les locaux, papis pêcheurs et ormeggiatori têtus s'accordent presque, à l'appui d'un papier froissé d'information sur les marées, pour nous conseiller un départ plus matinal. Nous choisirons la version pays du conseil en navigation et passerons le détroit, contre vent et marées, où, sans l'appui du moteur de notre bon bateau et de son bon barreur nous aurions fait du sur-place! A la hauteur du tourbillon de Charybde nous croiserons de près l'étrave d'un énorme porte containers aguerri dont nous suivrons le cap jusqu'au bout, juste après avoir dit ne plus jamais se fier aux conseils maritimes italiens...Entre Charybde et Sylla, un peu des deux bien loin d'Ulysse...
Arrivée au port de Reggio Calabria, ville principale de la province située à la sortie du détroit. Béton, précarité du bâti éprouvé par de nombreux tremblements de terre et une forme d'austérité surprenante en bord de mer. Bien que de nouveaux aménagements soient à l’œuvre, il est difficile de trouver une terrasse, une place ombragée conviviale...Au port, sur le quai d'en face notre ponton de plaisanciers vacanciers, nous verrons arriver un bateau de la garde côtière avec des centaines de migrants rassemblés assis sur un pont supérieur avant leur évacuation en bus. Ce weekend plus de 5000 personnes ont été récupérées en mer au large des côtes siciliennes, 50000 depuis le début de l'année. Toute l'actualité italienne est occupée par ce problème migratoire et les positions se crispent à la veille de concertations élargies au niveau européen. D'autres que nous ont croisé l'une ou l'autre de ces embarcations de misère. "Au large, l'été, se croisent des radeaux et des voiliers, les destins les plus opposés. La grâce élégante, indifférente d'une voile déployée, et quelques passagers à bord, frôle la barque des empilés. Elle ne répond ni au salut ni à l'aide. La proue effilée ouvre les vagues en noisettes de beurre. De leur bateau, ils la regardent défiler sans parvenir à s'expliquer pourquoi, penchée sur un côté, elle ne verse pas, ne coule pas, comme ça leur arrive à eux. L'un d'entre eux sourit en voyant l'image de la fortune. Un autre espère trouver un endroit dans un monde semblable. Un autre désespère d'un monde semblable." Erri De Luca, Histoire d'Irène...